[sens du travail et motivation] : Covid-19 et après. Quelles perspectives pour l’entreprise ?

Nous affrontons une crise sanitaire, qui révèle une crise de société.

Le confinement mondial nous impose un arrêt sur image. Cela nous permet de nous interroger sur notre propre utilité professionnelle, de nous interroger sur l’utilité de notre entreprise ou notre organisation. Il fait probablement évoluer notre regard sur notre rôle et celui que nous aimerions avoir, sur le sens de notre vie professionnelle.

Dans la perspective d’un déconfinement, nous sommes confrontés à un monde avec plus d’incertitude et plus de complexité qu’avant.

Sommes-nous en phase avec la raison d’être de notre entreprise/ organisation ?

La gouvernance, le pilotage, le management de nos entreprises/ organisations sont-ils suffisamment robustes et souples s’adapter à la complexité ? à l’incertitude ? à la crise de sens ?

Depuis quelques jours, j’échange avec plusieurs d’entre vous, avec des entrepreneurs et des dirigeants en mutation, je confronte, je lis pour sonder ce qui se passe et ce qui se profile.

Je vous partage mes réflexions sur l’entreprise, appuyées par des articles inspirants.

Puis, de cet état des lieux, je vous propose des pistes pour la survie et la pérennité de nos organisations.

1. La crise sanitaire du Covid-19 révèle une crise grave et profonde

Commençons par une vue macro-économique de la situation avec un extrait de l’article « L’être, l’avoir et le pouvoir dans la crise », par l’ex-président du FMI 

« Notre société dont l’économie est mondialement intégrée, avait perdu presque toute mémoire du risque infectieux […] Le délai de réaction des pays développés, dont les systèmes de santé ont été rapidement submergés, doit sans doute être incriminé. […]  Il importe qu’il soit réactif, c’est-à-dire capable de réorienter son offre et de mobiliser des réserves prédéfinies et recensées. Cette agilité, il semblerait bien qu’elle nous ait fait défaut. 

Une crise de l’avoir : […] Cette récession mêle un choc sur l’offre et un autre sur la demande, alimentant un cycle de récession […] 

Nous assistons à un coma organisé. Pour les pays les plus fragiles, la pandémie s’annonce catastrophique…Elle nécessite un plan de relance coordonné au niveau mondial. […]  

Plus qu’une destruction de capital, c’est une évaporation des savoirs, notamment ceux nichés dans les entreprises qui feront nécessairement faillite, qui est à redouter.

Une crise de pouvoir : La pandémie révèle des faiblesses déjà largement existantes : manque d’autonomie, […] dépendances technologiques, […] faiblesse de la représentation politique, […] tentations nationalistes, […]. C’est au niveau de l’Europe qu’une solidarité est attendue pour y remédier, et préserver nos systèmes démocratiques. 

La crise de l’être conduira-t-elle à un changement de la relation entre les hommes ? […] Des évolution sont probables : une temporalité plus longue, une restauration du collectif, […] pour asseoir une confiance et un pacte citoyen renouvelé. (1)

Ce point de vue est également partagé par le sociologue Edgar Morin pour lequel la course à la rentabilité comme les carences de notre mode de pensée sont responsables d’innombrables désastres humains causés par la pandémie du Covid-19.

« Un minuscule virus, dans une ville ignorée de Chine a déclenché le bouleversement d’un monde. […] L’épidémie mondiale du virus a déclenché et aggravé terriblement une crise sanitaire qui a provoqué des confinements asphyxiant l’économie, transformant un mode de vie extraverti vers l’extérieur à une introversion sur le foyer, et mettant en crise violente la mondialisation. Cette dernière avait créé une interdépendance mais sans solidarité. (2)

2. En étant confinés, le regard sur nous-même change d’angle de vue :

Ce confinement pourrait être une chance.

Nous sommes recentrés sur nous-même et notre cellule familiale.

Nous sommes suspendus dans un arrêt sur image inédit.

Nous nous interrogeons sur notre existence, notre propre finalité, et le sens de notre vie.

« La mort fait partie de la vie, et si nous pensions plus souvent que nous sommes mortels, nous aimerions davantage encore la vie parce que, justement, nous estimerions que la vie est fragile, brève, limitée dans le temps et qu’elle est d’autant plus précieuse. C’est pourquoi l’épidémie doit, au contraire, nous pousser à aimer encore davantage la vie. […]

Attention de ne pas faire de la santé l’essentiel.

« Ne pas attraper le Covid-19 n’est pas un but suffisant dans l’existence ». […]

 Ma priorité, ce sont les enfants et les jeunes en général. […]  Nos écoles, nos banlieues, le chômage des jeunes, sont des problèmes, à mon avis encore plus graves que le coronavirus, de même que le réchauffement climatique, la planète que nous allons laisser à nos enfants. » André Conte Sponville, philosophe – extraits de Regard sur l’après confinement –France Inter -14 avril

Ce confinement nous donne le temps de repenser le sens de nos actions, de nos consommations, de nos engagements.

Sandrine Roudaut : « Le temps suspendu nous débarrasse de ce qui nous rend d’ordinaire absents. Encombrés. Absents à l’essentiel, absents à l’évidence d’un monde insensé, absents à nos désirs profonds, à nos ambitions pour ce monde. … » (3)

Edgar Morin : « Cette crise devrait ouvrir nos esprits centrés sur l’immédiat. […] 

En tant que crise civilisationnelle, elle nous pousse à percevoir les carences en solidarité et l’intoxication du consumérisme. […] 

En tant que crise existentielle, elle nous pousse à nous interroger sur notre mode de vie, sur nos vrais besoins, sur nos vraies aspirations, masquées dans les aliénations de la vie quotidienne […] 

Et surtout, elle devrait ouvrir nos esprits depuis longtemps confinés sur l’immédiat, le secondaire et le frivole, sur l’essentiel : l’amour et l’amitié pour notre épanouissement individuel, la communauté et la solidarité, […] le destin de l’Humanité dont chacun de nous est une particule.

En somme le confinement physique devrait favoriser le déconfinement des esprits ».

3. Le regard de chacun sur son travail, sur son entreprise change d’angle de vue 

Cette crise existentielle me pose aussi la question de ce qui compte pour moi professionnellement.

A quoi sert mon travail vis-à-vis des autres, si je ne sers d’autre besoin fondamental que mon revenu ?

Quelle est la place de mon travail dans ma vie, comment me nourrit-il intellectuellement, socialement ?

J’ai le temps de me poser ces questions et de faire un bilan : en considérant cette période et ce que j’ai vécu précédemment, qu’y aurait-il de neuf dans ma façon de considérer l’entreprise, sa raison d’être, ses équipes, mon propre rôle, son sens dans ma vie ?

Est-ce que je fais partie des collaborateurs considérés « indispensables » ? Ai-je été mis au chômage partiel ? Ai-je perdu mon emploi ou mon employeur ? Est-ce que l’entreprise m’a permis de proposer ma contribution ?

Chacun a pu constater les choix de son entreprise/organisation le concernant. Beaucoup de ces choix, généralement pris par la direction, ont dû être expliqués, par des canaux plus directs qu’à l’habitude.

La généralisation du télétravail, l’émergence de réseaux sociaux internes, l’exercice de transparence, ont apporté leurs lots de nouvelles questions sur ces pratiques inenvisageables quelques semaines plus tôt. Quels avantages conserver de ces nouveaux possibles ?

Ces choix ont questionné le sens de mon travail dans l’entreprise, et plus largement la raison d’être de mon entreprise au sein de la société. A quoi sert-elle ? Qui sert-elle ?

Si je ne trouve pas de cohérence entre mes valeurs et les actes de mon entreprise, je pourrais perdre ma motivation voire ne plus avoir envie de revenir dans cette entreprise, … ou y revenir sans énergie.

  

4. Le déconfinement est planifié

En suivant les politiques et les infectiologues, nous comprenons que le déconfinement se fera par étapes, avec des règles à inventer, des risques de seconde vague, des re-confinements possibles.

Compte tenu des point précédents, le redémarrage ne sera pas simple. Nos entreprises n’échapperont ni aux troubles économiques, ni aux crises de sens.

Il faudra à toutes de la souplesse, de l’écoute, et faire des compromis :

Julia de Funes, philosophe : « Il y a plus de risque à n’en prendre aucun. En crise, il ne s’agit plus de s’agiter dans les process systématiques qui avait envahi notre quotidien d’entreprise. L’action véritable, qui suppose le risque, l’incertitude, le sens et la confiance doit primer sur le process ».

Christian Saint-Etienne, économiste, souhaite un déconfinement au plus vite. Il préconise de revoir notre principe de précaution avec pragmatisme, car une sécurité absolue avant toute reprise d’activité est illusoire. Les actions de prévention restent indispensables et obligatoires, mais la garantie du « risque zéro » impossible. C’est une responsabilité collective qu’il faudra assumer, au-delà de nos querelles politico-syndicales habituelles. (4)

La co-élaboration et l’intelligence collective pourraient nous permettre de trouver des solutions pragmatiques, pour dépasser les clivages des systèmes de décision habituels. Bien poser les questions pour que chacun puisse s’en emparer et y répondre. Les réponses pourraient se trouver dans les questions.

  • « En tant que citoyen, collaborateur, membre de ma famille, quelle motivation ai-je à rester chez moi ou à reprendre le travail ? »
  • « Quelles mesure barrières devons-nous mettre en place, pour nous protéger, nous et nos proches ? »
  • « Quelles idées avez-vous pour nous permettre de reprendre l’activité ? »
  • « Que devrions-nous faire si nos clients et fournisseurs n’étaient pas au rendez-vous ? »

Il faudra être attentif aux situations individuelles, être à l’écoute des perceptions de chacun sur l’action de l’entreprise pendant cette crise. Il y aura un temps de bilan sur ce qui a bien fonctionné et ce qui a moins bien fonctionné. Il faudra pouvoir capitaliser sur ces retours.

5. Plus d’incertitude et de complexité

Nous prévoyions un monde VUCA, (Volatil, Uncertain, Complex, Ambigu) et nous y sommes.

Edgar Morin : « Nous ne savons pas si nous devons attendre du pire, du meilleur, un mélange de deux : nous allons vers de nouvelles incertitudes. […]  

Les connaissances se multiplient de façon exponentielle. Elles débordent notre capacité de nous les approprier, et surtout elles lancent le défi de la complexité : comment confronter, sectionner, organiser ces connaissances de façon adéquate en les reliant et en intégrant l’incertitude ? Pour moi, cela relève une fois de plus la carence de ce qui nous a été inculqué, qui nous fait disjoindre ce qui est inséparable et réduire à un seul élément ce qui forme un tout, à la fois un et divers. […] 

La crise dans une société suscite deux processus contradictoires. Le premier stimule l’imagination et la créativité dans la recherche de solutions nouvelles. Le second est soit la recherche du retour à une stabilité passée, soit l’adhésion à un statut providentiel, ainsi que la dénonciation ou l’immolation d’un coupable. […] 

J’espère que nous prendrons conscience que nous sommes emportés à l’intérieur de l’incroyable aventure de l’Humanité, mais aussi que nous vivons dans un monde à la fois incertain et tragique.

L’homme providentiel maîtrisant la situation ne sert qu’une seule chose : son égo.

Sandrine Roudaut : « Face à une situation hors de maitrise, le réflexe c’est : plus de contrôle. Contrôler pour conjurer l’incertitude. L’égo, jamais abattu, plus fort même : le come-back est un narratif de héros. Vouloir reprendre le contrôle c’est comme mettre la cape de superman. Une illusion de gamin ».

En système complexe, plus l’incertitude est grande, plus la planification est fausse.

Notre gouvernance opérationnelle et notre management doivent donc évoluer pour s’y adapter.

6. Ce que nous pouvons faire

Plus d’incertitude nécessite :

  • Ne plus piloter selon des plans établis, mettre de côté nos fines et coûteuses prévisions budgétaires.
  • Partager largement avec les collaborateurs la situation, les chiffres, les questionnements.
  • Autoriser plus de réactivité, au plus près du terrain.
  • Permettre plus d’initiatives, rapides, frugales et sans contrôle a priori.
  • Définir ensemble un cadre large, simple et clair pour que chacun puisse s’auto-diriger

Nous devrions :

  • Prendre en compte et accepter l’incertitude.
  • Réaffirmer la raison d’être de nos organisations.
    • Ce qui fait société.
    • Ce pour quoi nous avons envie de nous engager durablement.
    • Ce qui doit guider toutes nos actions dans l’entreprise.
  • Etablir un cadre large et clair du comportement et des attendus principaux, des limites structurantes.
  • Clarifier les rôles et responsabilités. Assumer une gouvernance avec une subsidiarité forte.
  • Ne plus avoir une vision déficitaire des autres. Accueillir sans a priori, ni condescendance, toutes les bonnes volontés pour s’adapter.
  • Apprendre des techniques de facilitation pour fluidifier nos organisations.
  • Faire confiance, de sorte que les choses puissent se faire, dans ce large cadre.

Et prendre le temps nécessaire

  • Ecouter les collaborateurs, comprendre leurs aspirations, apprendre de leurs talents pour comprendre le fonctionnement des organisations collaboratives
  • S’ouvrir à de nouveaux possibles

Pour aller plus loin, nous vous invitons à découvrir notre article « Comment faire évoluer nos organisations pour faire face à la crise – « Vision des organisations collaboratives » 

Contact :  Christophe Collignon – Associé – 06 71 65 50 18 – c.collignon@senscollectif.fr

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