[entreprise libérée ou collaborative] : L’expérience d’entreprise responsabilisante de MARTIN TECHNOLOGIES

ou comment la démarche managériale mise en place avant le COVID les a aidés pendant la crise ?

Après Les interviews du Pôle des Services Tertiaires d’EDF et de CPAM78, je vous emmène à la rencontre de Laurent Bizien, Dirigeant et Stéphane Cazoulat, co-animateur de l’évolution culturelle et organisationnelle chez Martin Technologies spécialisée dans le marquage industriel.

Dans cet article, vous lirez :

  • Comment le collectif s’organise spontanément pour gérer et décider
  • Comment la direction s’efface devant le collectif pour générer la prise de responsabilité instantanée
  • Comment la communication et l’échange attentif maintiennent le lien et assainissent les tensions

Le collectif : son rôle et sa réactivité

Alors que Laurent Bizien retrace la chronologie des évènements du confinement à partir de mi-mars, il évoque la création spontanée d’un collectif composé des managers, du gestionnaire RH, du comptable et de la direction ; 14 personnes qui se regroupent pour analyser la situation et prendre des décisions.

Ainsi, dès le premier jour du confinement, l’entreprise s’appuie sur sa culture collaborative pour gérer la crise qui démarre. La concertation est collective et non pas réduite à 2 ou 3 personnes comme elle aurait pu le faire auparavant. A aucun moment, Laurent ne prend la posture de capitaine d’urgence, pour prendre toutes les décisions seul.

Immédiatement, la communication s’organise vers tous les collaborateurs (sur site et en confinement chez eux) pour permettre à tous d’avoir un niveau d’informations identique et homogène. Le sens et le besoin de cette communication sont suffisamment clairs et éloquents pour que chacun accepte de donner ses coordonnées téléphoniques personnelles.

Ainsi se créent :

  • un groupe WhatsApp pour celles et ceux qui pouvaient installer l’application
  • un groupe pour celles et ceux qui reçoivent uniquement des SMS
  • un petit groupe de collaborateurs qui, ne possédant pas de portable sont appelés à chaque nouvelle.

Le lien de l’entreprise vers les collaborateurs se maintient comme celui entre les collaborateurs eux-mêmes qui s’emparent de WhatsApp pour partager moments et nouvelles personnelles.

Un large collectif aux commandes qui partage l’analyse des informations, prend des décisions ensemble et les communique instantanément.

Des collaborateurs en lien permanent avec l’entreprise.

 

Des prises de responsabilités instantanées

L’urgence de la situation fait sauter les dernières timidités ou retenues et les rôles s’affirment et s’assument pleinement. Les responsabilités sont prises instantanément, sans poser de questions. Dans le collectif et l’atelier, chacun prend sa place avec naturel selon son périmètre et ses compétences.

« Nous avons plein d’exemples de personnes qui se sont élevées durant cette situation. J’ai eu le sentiment, qu’il y a quelques années encore, la direction aurait pris tout l’espace. Parfois je suis tenté d’avoir de vieux réflexes de reprise parce que j’estime que cela serait nécessaire. Or, il n’y a que moi qui estime cela. Heureusement, nous avons laissé la place et ils l’ont prise. Ils l’ont prise de telle façon que je n’aurais pas fait mieux, très engagée et responsable. » précise Stéphane Cazoulat.

Mais comment une direction, dans un moment pareil, arrive-t-elle à lâcher prise ?

Comment faire en sorte que les choses se fassent d’elles-même.

Comment la direction fait-elle pour ne pas se contracter sur elle-même ?

« Nous essayons de tout faire avec du sens, avec notre sens collectif. Les décisions sont prises avec évidence. Nous avons confiance en nous sur le fait d’affronter l’incertitude ensemble. Nous sommes solides sur notre socle. » assure Stéphane.

Laurent précise : « Quand on engage l’entreprise dans cette voie-là, on est rempli de convictions et de croyances qui font écho avec les valeurs que l’on ressent dans l’entreprise. Moi, j’avais la croyance que lorsque la prochaine crise arriverait, notre culture nous rendrait solide. Je tenais ce discours que quoiqu’il se passe demain, nous trouverions ensemble les réponses. Et ce qui se passe aujourd’hui, vient totalement conforter cela. Je ne ressens aucune inquiétude. »

La confiance dans le collectif pour trouver des réponses quoi qu’il arrive.

Des liens encore plus forts

Pendant cette crise, Martin Technologies continue de produire pour des fabricants de respirateurs artificiels. 15 collaborateurs volontaires travaillent sur site pendant que les autres télétravaillent ou sont au chômage partiel. Jamais l’équipe de production n’a reçu autant de messages de soutien, de propositions d’aide, de remplacement de la part de leurs collègues.

« Le groupe WhatsApp envoyait une telle énergie à l’équipe en place ! Des messages d’encouragement et de fierté avouée. Ça faisait chaud au cœur et cela crée des précédents pour la suite » témoigne Stéphane.

A cela s’ajoutent des espaces d’expression et d’écoute en visio auxquels s’inscrivent aussi bien les collaborateurs en télétravail, en chômage partiel ou sur site. Ce sont des moments privilégiés pour percevoir d’éventuels signaux faibles de mal-être, des questionnements sur l’utilité de sa fonction qui peuvent cliver les collaborateurs selon leur situation. Des actions d’accompagnement sont alors proposées.

 

Grandir et garder le meilleur

Sur site, Stéphane passe du temps à échanger avec les collaborateurs pour mettre en lumière les pépites ; de nouveaux modes de fonctionnement mis en œuvre spontanément et qui se révèlent plus efficaces et directs.

Il questionne pour enclencher la prise de conscience, ancrer et bonifier ce qui se dévoile :

  • Que penses-tu de ce nouveau mode de fonctionnement ?
  • Qu’est-ce que cela génère comme sensations en toi ?
  • Quels sont les ingrédients qui ont permis cela ?
  • Comment les conserver pour que cela perdure ?

La crise a bousculé des croyances collectives limitantes :

« Les problématiques de cloisonnement que nous avions entre mini-usines, enchaîne Laurent, ont disparu. L’effectif réduit a tout simplement rendu indispensable l’entraide et la communication directe pour sortir les commandes et satisfaire les clients. Les équipes opérationnelles se sont organisées et ont développé leur niveau de responsabilité. Leur manager n’étant pas toujours présent, elles ont pris les décisions, ont vu que lorsqu’elles se trompaient, ce n’était pas dramatique. L’une d’elles est passée en auto-gestion totale… pour le grand bonheur et la fierté du manager.[…]

 Les contraintes individuelles liées au confinement ont également déréglé les rythmes horaires habituels. Les heures d’arrivée, de départ, de pause se sont échelonnées. Plus rien n’est contrôlable et cela marche parfaitement.

 Et si cela devenait notre mode de fonctionnement ? ».

Cette période fait également ressortir des sujets qui grattent et qui éclatent avec la crise.

Le questionnement sur certaines fonctions, notamment. Martin Technologies ayant fait le choix de continuer à produire, focalise l’entreprise sur sa fonction de production. De fait, celle-ci apparait essentielle et a pu faire émerger des perceptions qu’elle est suffisante, au risque de questionner sur des fonctions support. Mais finalement, ce ressenti est-il bien nouveau ?

« Est-ce que l’on se fâche et l’on repart dos à dos, questionnent Laurent et Stéphane, ou essaie-t-on de creuser le sujet ? Quel flou y a-t-il autour de certaines fonctions support ? Quelles sont les attentes de la production ? Comment regarde-t-on ensemble vers un futur commun ?».

C’est dans l’échange, la confrontation de points de vue et l’empathie que ces tensions peuvent se dénouer et s’apaiser.

Martin Technologies semble traverser la crise avec sérénité et profondeur ; chaque moment donnant lieu à l’apprentissage.

« Nous découvrons que nous avons fonctionné selon un prisme simple : avons-nous simplifié la vie de l’autre ou l’avons-nous compliquée ? C’est un axe qui va rester dans l’entreprise : Est-ce qu’au quotidien, tu simplifies la vie de tes clients ou pas ? et plus généralement, est-ce que notre entreprise simplifie la vie de ses clients ? » conclue Laurent.

CONCLUSION : Des éléments fondamentaux de l’organisation co-élaborative et résiliente

Ce récit met en lumière plusieurs éléments fondamentaux de l’organisation résiliente :

  • Le SENS: parce qu’il est clair et posé, il permet à chacun de trouver sa place et sa responsabilité.
  • Le COLLECTIF qui émerge rapidement pour prendre les décisions ensemble
  • La LUCIDITE qui permet de regarder et de voir les signaux faibles de situations à risque
  • Le COURAGE et la VOLONTE de gérer les situations à risques en faisant émerger les besoins de chacun
  • L’OPTIMISME avec une confiance dans l’issue favorable de la situation.

 

 

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